Description du projet

J’amorce en 2017 un projet de recherche et création qui s’échelonnera sur plusieurs années; Paysages Disparus. Il s’agira d’une série d’œuvres 2D et 3D en papier, alliant dessin, peinture et sérigraphie. Elles seront la représentation d’objets et d’espaces sculpturaux inventés à partir de témoignages de diverses personnes à propos de paysages pour lesquels elles ressentent un profond attachement. Plus particulièrement, ce sont des récits d’expériences esthétiques vécues par ces personnes, et qui, étant liées à leurs propres perceptions, ne sont totalement accessibles qu’à elles-mêmes. Je prévois travailler sur mon projet Paysages disparus pendant plusieurs années, et ainsi recueillir des témoignages dans chaque région du Québec. Je me concentrerai sur une région à la fois, pendant plusieurs mois.

Ce travail de traduction de récits d’autrui en objets sculpturaux dessinés et en sculptures de papier pourrait être comparé au travail d’un traducteur qui devrait traduire un texte entre deux langues qui ne comportent peu ou pas de mots au sens commun. Ce processus de traduction imparfaite donnera un caractère ludique aux œuvres que je créerai à partir des récits : les erreurs d’interprétation et les choix de représentation que je ferai génèreront de nouveaux paysages tout à fait étrangers au paysage initial perçu par mon interlocuteur. Je m’intéresse à l’impossibilité d’avoir pleinement accès à l’expérience esthétique d’autrui liée à un paysage à un moment précis, due à l’infinité de facteurs influençant la perception d’un lieu (personnalité, valeurs et état d’esprit du sujet; sons, odeurs et lumière particulière, etc.). Le choix du titre Paysages Disparus est donc lié, d’une part, au fait que la singularité de l’expérience implique la disparition de ce paysage après ce moment en particulier. Ce paysage persiste seulement dans la mémoire du sujet. D’autre part, il y a disparition du paysage dans la perte de données provoquée par mon interprétation personnelle imparfaite du récit d’autrui. Je ne perçois toutefois pas la « disparition » de ces paysages comme étant un événement négatif; mais plutôt comme l’occasion de créer des discussions et récits positifs. L’expérience du beau ou du sublime est souvent considérée, par la personne qui la vit, comme un privilège. Et c’est aussi comme tel que je perçois le fait que ces gens en partagent avec moi le récit: un moment privilégié. Je considère le fait de provoquer ces descriptions comme un acte de création en soi. C’est pourquoi la création de ces discussions et l’écriture de ces récits par autrui sera tout aussi importante dans ma pratique que les œuvres qu’ils serviront à créer par la suite.

Ce projet sera aussi pour moi l’occasion de réfléchir à l’idée de la cartographie subjective et aléatoire : le recueil de récits de mon projet sera en quelque sorte un guide touristique de lieux qui ne génèrent pas nécessairement de signification pour le touriste, mais qui est plus un amalgame de lieux significatifs pour les habitants d’une région. Le recueil de récits agira comme un fil conducteur qui fait découvrir une région par le biais d’une connaissance plus intime de ces lieux par ces habitants.

– Je travaillerai sur le Volet Bas-St-Laurent & le Volet Chaudière-Appalaches au cours de la résidence d’artiste à Est-Nord-Est (St-Jean-Port-Joli) à l’été 2017.

– Je travaillerai sur le Volet Abitibi-Témiscamingue au cours de l’hiver/printemps 2018, en vue de l’exposition au Centre d’exposition d’Amos à l’été 2018.

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