Démarche artistique

Créer est pour moi une gymnastique de tout instant qui consiste à être constamment à l’affut de tout ce qui s’offre à mes sens. Cet effort constant d’ouverture sur le monde me fournit les idées qui sont les matières premières nécessaires à la production de mes œuvres, qui sont des assemblages de récits, objets, idées, lieux, phénomènes, découvertes, souvenirs d’expériences esthétiques, etc. Ma pratique est aussi alimentée par les interactions avec les gens qui m’entourent et les histoires qu’ils me racontent. Tous ces éléments du monde extérieur sont en quelque sorte remodelés et assemblés dans mon esprit, pour être peints sur l’espace sans décor de la feuille de papier comme un nouvel élément qui vient potentiellement exister dans le monde extérieur. Concrètement, mes œuvres prennent souvent la forme d’objets sculpturaux représentés en deux dimensions. Ces objets sculpturaux sous-entendent la possibilité d’être fabriqués/sculptés pour exister dans le monde tridimensionnel, mais à l’instant même où ces assemblages sont pensés sur la surface du papier, les fabriquer en trois dimensions perd tout son sens pour moi, puisqu’ils existent déjà. L’espace blanc de la feuille de papier évoque pour moi la possibilité de le remplir par n’importe quel espace du monde réel, où pourrait potentiellement exister un de ces objets sculpturaux.

La narration est présente à différents niveaux dans ma vie et dans ma pratique artistique, soit dans le fait de raconter ou écouter une histoire, ou dans le fait de créer des assemblages d’éléments qui donnent l’impression que l’œuvre raconte une histoire, même quand celle-ci demeure inaccessible. Ces éléments assemblés, s’entrechoquant les uns aux autres, créent une suite d’évènements se positionnant dans le temps, qui n’est pas élucidée et qui nous met dans un état d’infinie recherche de l’histoire. Le souci de générer cet état est central dans ma pratique en peinture. Les titres viennent aussi soutenir cette impression d’une possibilité de narration qui demeure inaccessible, en tout ou en partie.

Au cours des dernières années, je me suis intéressée à la manière dont s’accumulent différents éléments pour former la complexe identité d’un lieu que l’on voit évoluer au cours de nombreuses années. Soit, entre autres: l’image mentale que l’on se fait d’un espace avant de le voir; la première perception réelle d’un espace et toutes les autres perceptions subséquentes, réelles ou imaginaires; etc. Toutes ces perceptions d’un même lieu deviennent des espaces bien distincts, mais qui se superposent pour former l’identité subjective de ce lieu.

Les premiers tableaux que j’ai réalisés suite à ces réflexions ont pour objets principaux l’idée du chez-soi et l’influence des affects sur la perception d’un lieu d’habitation. Par la suite, mes recherches ont aussi porté sur l’identité subjective d’un lieu, mais plus particulièrement à l’idée de sentiment d’appartenance à un territoire compris à l’intérieur de frontières définies par une collectivité (à différentes échelles: une habitation, une ville, une région, une province, un pays…). Tout en poursuivant ma recherche sur le paysage, je voulais inclure des données qui ne se rapportaient pas uniquement à ma propre expérience.

 

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